« Vie publique ? »

« Attention, ne dis rien à personne » ! Nous sommes souvent surpris par cette recommandation de Jésus donnée avec autant de fermeté à différentes personnes. Des personnes que Jésus guérit ou bien libère d’un esprit mauvais n’ont plus qu’une envie, celle de partager la joie de leur guérison et de faire connaitre l’auteur d’un tel prodige. Et cela nous parait bien normal ! Et comment prétendre à la discrétion quand on fait de tels miracles ? Pourtant, Jésus ne semble pas plaisanter en donnant ces consignes. Ce qui n’empêche pas les différents miraculés de n’en faire le plus souvent qu’à leur tête et de s’empresser malgré tout de proclamer et de répandre la nouvelle.

Si Jésus prend la peine de demander si explicitement le silence c’est qu’il a bien sûr une bonne raison. Il ne sait que trop bien à quel point le peuple d’Israël est impatient de se débarrasser de la domination romaine et de rétablir la royauté. De plus, le peuple est dans l’effervescence et s’attend à l’arrivée imminente du messie promis par Dieu. Et Jésus a la tâche ardue de se faire reconnaitre comme le messie et sauveur accomplissant l’espérance d’Israël, mais tout en faisant comprendre que cela ne s’exprimera pas politiquement et militairement… On pourrait croire que le moment est mal choisi pour intervenir de cette sorte. Quoi qu’il en soit, Jésus accomplit son ministère tout en cherchant à limiter la confusion sur sa personne. Et finalement, n’étant reconnu ni comme roi ni comme messie, il sera condamné à la mort de la croix…

Nous pouvons, en premier lieu, admirer cette intention forte de Jésus de nous aider à comprendre que le salut du monde ne passera pas par l’établissement d’un quelconque régime politique idéal. « Mon royaume n’est pas de ce monde » dira Jésus lorsqu’il sera arrêté. A nous de mettre notre espérance véritablement en lui, comme le bon larron sur sa croix : « Souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton règne ».

En second lieu, nous pouvons retenir l’importance d’un certain silence sur Jésus. Cela peut paraitre contradictoire avec la mission d’évangélisation. Certes, mais il est vrai aussi que trop de personnes parlent de Jésus sans le connaitre, le confondant avec un gourou, un prophète, un guérisseur, un philosophe, un hippie… Même pour un chrétien, il est tentant pour chacun de réduire Jésus à sa petite expérience personnelle et de le faire correspondre à ses lubies ou à ses envies. Mais Jésus ne se laisse pas enfermer et peut réclamer, pour un temps, la sobriété du silence, pour que l’écoutant d’abord nous le connaissions plus en vérité et que nous parlions de lui ensuite de manière plus juste et respectueuse.

Don Martin PANHARD