Le prix de la paix

L’évangile de ce dimanche vient très à propos parler à notre actualité, en ce jour où nous commémorons le centenaire de l’armistice qui a mis fin à la première guerre mondiale. Armistice signé le 11 novembre, fête de la Saint-Martin, comme pour mettre la paix sous le patronage de ce grand saint ayant quitté la vie militaire pour s’attacher à Jésus-Christ et dont une foule de lieux dans toute l’Europe porte le nom !

Comment ne pas faire de rapprochement entre cette veuve de l’évangile qui offre pour le temple ses deux piécettes, tout ce qu’elle avait pour vivre, et saint Martin, encore soldat et catéchumène, qui à la porte d’Amiens revêt un pauvre de la partie du manteau qui lui appartenait. Les deux actions font l’objet d’un beau commentaire de la part de Jésus lui-même. Jésus au temple appelle ses disciples pour leur faire voir ce qui est invisible humainement : « cette pauvre a mis dans le Trésor plus que les autres ». Quant à saint Martin, Jésus portant le manteau remis au pauvre lui apparaît en songe et affirme aux anges qui l’accompagnent : « Martin m’a revêtu de son manteau », illustrant ce qu’il avait dit dans l’évangile : « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40). Un acte de charité même modeste, quand il vient vraiment du cœur a une ampleur insoupçonnée !

Et si la paix dans le monde, avant d’être le fruit d’accords entre les nations, reposait sur ce type d’actions individuelles ? Le concile Vatican II dans la constitution Gaudium et Spes nous met sur cette voie (extraits) : « La paix n’est pas simplement une absence de guerre, elle ne se réduit pas à l’établissement d’un équilibre entre forces adverses, elle ne provient pas d’une domination despotique, mais il est tout à fait exact et approprié de l’appeler l’œuvre de la justice. Elle est le fruit d’un ordre inscrit dans la société humaine par son divin fondateur, ordre à réaliser par les hommes qui aspirent toujours à une justice plus parfaite. […] C’est ainsi que la paix est encore le fruit de l’amour qui va bien plus loin que les avantages procurés par la justice.»

La paix est donc le fruit de la justice, la véritable justice prévue par Dieu et qui réalise pleinement les désirs de l’homme. C’est aussi celle dont parle Jésus dans l’évangile : « si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux ». Saint Martin et la veuve de l’évangile nous en donnent deux magnifiques exemples, ils ont donné plus que ce qu’ils devaient selon la logique humaine, ils n’ont pas pris sur leur superflu mais sur leur indigence. Soyons, nous aussi, de cette manière, de véritables artisans de paix !

D. Martin PANHARD