« Jésus a-t-il perdu la tête ? »

« Rien ne va plus dans le monde d’aujourd’hui, ça n’est plus comme avant ! » Combien de fois avons-nous entendu – ou prononcé – cette expression désabusée qui porte un regard pessimiste sur ce que nous vivons. Pourtant, rien de nouveau : Jésus, dans le monde où il a voulu vivre, doit chasser des démons, enseigner des foules tellement assoiffées qu’elles s’entassent dans la maison ; sa famille estime qu’il faudrait l’ « exfiltrer » avant qu’il ne dise ou ne fasse trop de bêtises ; et les scribes pensent qu’il est possédé de démons. Bref, chacun se sent responsable de rétablir ce qui va de travers. Les uns, à tort, en voulant faire taire Jésus ; lui, à juste titre, en pardonnant nos péchés, en séparant de nouveau le bien du mal, Dieu et les démons, et en rétablissant de justes relations, au prix de la redéfinition du lien de famille.

Mais ce que Jésus essaie de rétablir réside à la racine du combat contre le mal. Vouloir faire taire Jésus, en l’exfiltrant discrètement ou en l’accusant d’être à la solde de Béelzéboul, c’est un péché très grave, qui pourrait ne pas être pardonné. Comment pourrions-nous comprendre ce « péché contre l’esprit » ? Pourquoi est-il aussi « impardonnable » ? Jésus est rempli de l’Esprit-Saint, qui a couvert Marie de son ombre à l’Annonciation. Dire que Jésus est possédé d’un esprit impur, c’est insulter l’Esprit-Saint ! C’est appeler impur ce qui est saint. Pécher contre l’Esprit, c’est persévérer à ne pas reconnaître qu’en Jésus et en l’Eglise l’Esprit-Saint est à l’oeuvre, c’est semer le doute, affirmer que la lumière est ténèbre. Appeler bien ce qui est mal, voilà le péché qui conduit à la mort. Tel est l’avertissement donné par Jésus aux experts de l’Écriture que sont les scribes de Jérusalem, ceux qui pensent tout savoir et être des justes, ou même un peu à sa famille qui dit qu’« il a perdu la tête ». Tel est l’avertissement adressé aujourd’hui à tous ceux qui répandent aujourd’hui le mensonge sur le bien fait par l’Eglise, sur la nature du mariage et de la famille, sur le respect dû à la vie de sa conception à la mort naturelle, et qui appellent bien ce qui est mal… Hurler avec les loups, c’est participer au blasphème contre l’Esprit-Saint, c’est faire l’oeuvre de division de Satan, et prendre le risque de rester enfermés dans la ténèbre et le péché.

Jésus réaffirme l’absolue séparation entre Dieu et le monde du mal. Voilà le seul ennemi de Jésus, car le mal est trompeur et fait tomber dans l’erreur, il instaure entre les hommes des divisions qui les montent les uns contre les autres. Le diable, l’unique ennemi, est vaincu par le Fils qui en ruine le royaume. Ce n’est pas Satan qui chasse Satan du coeur de l’homme et de l’histoire. C’est le Fils de Dieu. Mais il faut avoir le courage de le laisser agir, d’ouvrir nos coeurs à la conversion, de lâcher les rênes du char de la perdition pour nous installer sous le doux joug du Christ.

Don Charles Marie d’Amat