« Il leur ouvrit l’intelligence »

La résurrection de Jésus est un événement tellement inouï dans l’histoire qu’à l’instar des disciples, nous avons du mal à adhérer ; notre esprit achoppe devant ce mystère. Pourtant, les disciples étaient un peu préparés : ils avaient assisté à la résurrection du fils de la veuve de Naïm, ainsi qu’à celle de Lazare, qui était déjà au tombeau depuis quatre jours. Ils connaissaient aussi celles de l’Ancien Testament, par Elie et son disciple Elisée. Il y a toutefois une grande différence : tous ceux qui étaient ressuscités étaient retournés à leur vie d’avant, et tous ont fini par mourir à nouveau. Avec Jésus en revanche tout est différent, nouveau, inouï. Il ne retourne pas à sa vie d’avant. Son corps de chair est transformé en esprit et lumière ; il devient immortel, glorieux. C’est cette transformation en esprit et lumière que les disciples ne parviennent pas à comprendre. Voilà pourquoi ils sont encore dans le doute.

Ce qui est intéressant, c’est que Jésus prend la parole non pas pour « expliquer rationnellement » le mystère de sa résurrection, en raconter le « comment ». Au contraire, il donne à faire l’expérience de la résurrection, une expérience que l’on peut faire aujourd’hui comme hier.

Si l’explication peut nous aider, la foi dans le mystère, seule, permet d’aller au-delà. Par la foi, nous adhérons au mystère, car les dons de l’Esprit-Saint nous en ouvrent l’intelligence. Ainsi donc, Jésus n’explique pas le comment du mystère de la résurrection. Il veut que ses disciples puissent constater, chacun personnellement, qu’il y a une identité parfaite entre le Crucifié et la personne qui se tient devant leurs yeux. Une fois que cette vérité parvient dans le coeur, alors tout le reste suit. Et l’adhésion à cette vérité est existentielle, non pas intellectuelle, c’est-à-dire qu’elle part de la réalité du mystère, non pas de l’explication rationnelle.

Si je ne suis pas prêt à croire en cette vérité, même les explications les plus lumineuses ne me serviront à rien. En effet, aujourd’hui nous avons des milliers de livres qui nous parlent de ce mystère, mais nous n’avons plus le Christ. Nous connaissons tout de lui, mais lui, nous ne le possédons pas. Jésus en revanche désire que nous puissions croire en lui, le posséder, cheminer à ses côtés. C’est pourquoi, comme pour les apôtres, pour que nous nous ouvrions à son mystère de mort et de résurrection, la pédagogie de Jésus veut commencer par nous ouvrir l’esprit à l’intelligence des Ecritures. C’est dans les Ecritures que se trouve contenu son mystère, et c’est de l’Ecriture que chaque croyant doit toujours partir.

Demandons au Seigneur d’être renouvelés dans notre désir de mieux connaître les Ecritures. « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ », disait saint Jérôme. A l’inverse, plus que collectionner toutes les preuves et les explications, connaître les Ecritures, c’est pouvoir adhérer au Christ.

D. Charles-Marie d’Amat