« Pourquoi as-tu douté ? »

Dans la Bible, l’eau est d’abord source et puissance de vie. Sans elle, la terre n’est qu’un désert aride, pays de la faim et de la soif, où hommes et bêtes sont voués à la mort. Il y a pourtant aussi des eaux de mort : le déluge dévastateur, la mer Rouge à la sortie d’Égypte qui est une impasse mortelle avant de devenir un passage pour les hébreux et un sépulcre pour les égyptiens. Bien qu’il n’ait pas la dimension d’un océan (loin s’en faut), le lac de Tibériade lui-même où se passe l’évènement de notre évangile peut toujours être soupçonné d’être complice avec la mort. Ce lac est par exemple le lieu démoniaque où vont se précipiter les porcs ensorcelés (Mc 5,13).

Ainsi, en marchant sur les eaux agitées, Jésus veut non seulement révéler sa supériorité sur la création qui lui est soumise, mais encore plus signifier que la mort ne le possède pas, qu’il est au dessus d’elle. « Ma vie, nul ne peut me l’enlever, je la donne de moi-même » (Jn 10,18). Traverser la mer, rejoindre l’autre rive, c’est traverser la mort pour rejoindre ce fameux rivage de la vie éternelle. Mais qui peut y parvenir ? Jésus demande à ses disciples de « le précéder sur l’autre rive ». Comment le pourraient-ils ? Malgré tous leurs efforts, les vents sont contraires, ils ne parviennent pas au but avant Jésus. Par contre, Jésus les rejoint dans cette bagarre potentiellement mortelle. Avec lui, la mer est vaincue, le rivage atteint.

« Je suis la résurrection et la vie » dit Jésus à Marthe qui pleure encore la mort de son frère Lazare (Jn 11,25). C’est très réconfortant à entendre ! Mais sommes-nous prêts à en faire l’expérience à la manière de Pierre ? « Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux ! ». C’est-à-dire, je veux, avec toi, vivre libéré de la peur de la mort. Sommes nous prêts à nous aventurer dans ce qui nous paraît inquiétant au premier abord ? Une relation à Dieu qui engage notre conversion, une relation aux autres où la charité l’emporte sur les intérêts personnels, un rapport à la vérité sans compromission… Autant de situations où l’on pense avoir beaucoup à perdre alors qu’un regard de foi nous ferait affirmer : « j’ai tout à gagner ».

« Pourquoi as-tu douté ? » Pierre ne répond même pas à la question de Jésus. Le sait-il lui-même ? Son silence nous permet de faire notre propre réponse. Pourquoi doutons-nous ? De quoi avons-nous peur ? Qu’est-ce qui te retient de danser sur les eaux ? Qu’est ce qui te retient d’engager ta vie sur la parole de Jésus ?

D. Martin PANHARD