« On se connaît ? »

Le mois de novembre nous paraît parfois un peu lugubre. Même dans nos régions, le froid arrive, les feuilles tombent, et la nuit aussi, chaque jour de plus en plus tôt. Qui plus est, cet endormissement de la nature accompagne notre prière pour les défunts pour lesquels elle se fait plus intense, en ce moi qui leur est consacré. Mais au-delà de ces apparences immédiates, pour qui veut bien le voir, le mois de novembre est plutôt un appel à rejoindre la Lumière.

Ouvert solennellement par la fête de tous les saints, le mois de novembre nous projette d’emblée vers ce qui doit être pour nous aussi l’accomplissement de notre vie : la sainteté. A partir du 2 novembre, lorsque nous prions pour les défunts, non encore parvenus au ciel, pour qu’ils fassent partie, eux-aussi, de cette foule immense, ne demandons-nous pas à Dieu : « Donne-leur, Seigneur, la lumière sans déclin »  Enfin, le mois de novembre nous conduit à la clôture de l’année liturgique avec le dimanche du Christ – Roi de l’Univers, à travers lequel nous apercevons, dans l’espérance, l’horizon lumineux du retour glorieux du Christ à la fin des temps associé au jugement dernier, c’est-à-dire l’établissement universel et définitif de la justice de Dieu.

A propos du jugement, Benoît XVI écrivait (encyclique Spe salvi) : « Oui, la résurrection de la chair existe. Une justice existe. La révocation de la souffrance passée, la réparation qui rétablit le droit existent. C’est pourquoi la foi dans le jugement final est avant tout et surtout espérance. […] Seul Dieu peut créer la justice. Et la foi nous donne la certitude qu’Il le fait. L’image du jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d’espérance ; pour nous peut-être même l’image décisive de l’espérance. Mais n’est-ce pas peut-être aussi une image de crainte ? Je dirais : c’est une image qui appelle à la responsabilité. » (SS n°43-44).

La Parole de Dieu, lumière sur notre route, nous accompagne bien sûr de façon appropriée en nous faisant entendre, les dimanches, les paraboles de la fin des temps dans l’évangile selon saint Matthieu. Dans cette parabole des ?dix jeunes filles invitées à la noce”, le jugement qui refuse l’entrée aux cinq ?insouciantes” s’établit sur le constat suivant : « Amen, je vous le dis, je ne vous connais pas ». En effet, le ?jugement” est comme l’évaluation de ce qui doit être ?ajusté”. En mécanique, deux pièces ajustées s’emboîtent parfaitement car leurs formes sont appropriées l’une à l’autre. Ainsi en est-il pour nous aussi concernant le Royaume des Cieux. Serons-nous trouvés ?ajustés” à Jésus ? Il est la forme à laquelle il nous faut correspondre pour nous entendre dire : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Seigneur » (Mt 25, 21).

Don Martin PANHARD