« La vigne du Seigneur »

Pour la troisième fois consécutive, la liturgie nous parle de la vigne. À travers les textes de ce jour, nous entendons des questions de la plus haute importance : Qu’avons-nous fait de la vigne du Seigneur ? Ne savons-nous pas que nous en sommes tous responsables ? Certes c’est bien Dieu qui nous a créés ; c’est Lui qui nous a donné la vie. Mais n’oublions jamais qu’Il nous a donné la responsabilité de la création et donc de nous-mêmes. Un jour, nous aurons à rendre des comptes.

Nous savons tous que la vigne demande beaucoup de travail ; il faut s’en occuper toute l’année. Pour le livre d’Isaïe (1ère lecture), cette vigne, c’est le peuple d’Israël. Le prophète nous montre le vrai visage de Dieu. Il a tout fait pour sa vigne. Mais cet amour passionné de Dieu est déçu : Il attendait de son peuple le droit et la justice. Or voilà qu’Il se trouve pourri par le mensonge, la violence et la trahison.

Mais malgré ses lourdes déceptions, Dieu continue à aimer son peuple. Tout au long de notre vie, nous sommes invités à reconnaître sa tendresse à notre égard. Malheureusement, notre réponse n’est pas toujours à la mesure de cet amour : la violence, la trahison, les accusations injustes continuent à empoisonner notre vie et celle de notre monde. C’est un affront à l’égard de Celui qui nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Mais cet amour du Seigneur est bien plus grand que tous les péchés du monde. Il ne cesse de nous appeler à revenir vers lui de tout notre coeur. C’est à cette condition que notre vie pourra produire du fruit.

L’Évangile de ce jour nous parle aussi de la vigne ; mais aujourd’hui, Jésus nous raconte l’histoire d’un patron qui part en voyage et qui confie sa vigne à des vignerons. Au moment de la vendange, il envoie des serviteurs pour se faire remettre le fruit de la vigne. Nous avons vu ce qui s’est passé : les serviteurs se sont fait malmener, lapider et tuer. Et même le fils du patron n’y échappera pas ; et pourtant, en raison de son rang, il aurait dû jouir d’une impunité. Cette parabole se termine par une question : «Le maître, à son retour, que fera-t-il ?»

En racontant cette parabole, Jésus s’adresse aux grands prêtres, aux scribes et aux pharisiens. Les uns et les autres se comportent comme s’ils étaient les propriétaires de la vigne. Tout au long de l’histoire, ils se sont montrés particulièrement odieux. Ils sont même allés jusqu’à tuer le fils du propriétaire. Il faut se rappeler que Jésus raconte cette parabole juste avant sa Passion et sa mort sur la croix.

Cet Évangile est aussi pour chacun de nous. Le Seigneur nous a confié les biens du Royaume. Il nous a confié la bonne nouvelle de l’Évangile. Elle doit être proclamée partout dans le monde entier. Il fait de nous ses enfants ; Il met à notre disposition d’immenses richesses spirituelles ; Il a mis sur notre route des frères et des soeurs à aimer. Si nous ne sommes pas fidèles à cette mission, elle sera confiée à d’autres.

Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes envoyés pour témoigner de l’Évangile du Christ. Mais nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas à notre compte. La mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. Nous vivons dans un monde qui cherche à Le mettre dehors. Mais son amour crucifié sera plus fort que tout. C’est avec Lui que notre vie portera du fruit.

Dans l’Eucharistie, le Seigneur adopte une attitude totalement opposée à l’égoïsme possessif : «Ceci est mon Corps livré pour vous… Ceci est mon sang versé pour vous…» Demandons-Lui qu’Il soit toujours avec nous et nous toujours avec Lui pour vivre pleinement de ce don.